« Alors ? »
« Alors ? »
On sourit toutes les deux. On se connaît depuis, à peine, 1 mois et j'ai déjà l'impression de la connaître depuis toujours. On parle tout le temps et on rigole beaucoup.
Lucie est fille unique. Elle n'a pas une très grande famille. Ses parents et ses grands parents paternels. Le reste de sa famille, elle n'en parle pas. De vieilles disputes sûrement.
Elle ne s'entend pas très bien avec ses parents. D'après ce qu'elle m'a expliqué, elle a souvent l'impression de les gêner. Elle ne comprend pas pourquoi ils l'ont eue.
Elle reste souvent seule. Ses parents étant trop accaparés par leurs boulots.
Mais, elle préfère éviter le sujet. Je la comprends. Pourtant, je suis persuadée qu'un jour, elle m'expliquera, un peu plus, ce qu'elle ressent vraiment et ce qu'elle aimerait...Je ne la force pas. Chaque chose en son temps.
Elle n'a pas de petit ami. Elle a sourit quand je lui ai demandé...J'ai pas trop compris pourquoi. Je n'ai pas insisté...Elle a, encore plus, sourit.
J'aime notre complicité. Elle me comprend et elle trouve les mots qu'il faut pour me remonter le morale. Elle est là pour moi comme je suis là pour elle. J'espère juste qu'elle en a conscience.
Elle aime lire, comme moi, ce qui nous permet, de passer des heures, à parler des derniers livres que nous avons lu.
« Tu veux quelque chose à boire ? Café, thé, eau, jus d'orange,...»
« Rien pour le moment, Merci ! »
« Alors ? »
« Alors, quoi ? »
« Ben, mon studio ! Qu'est ce que tu en penses ? C'est toi, l'artiste ! »
« Oh, ben... »
« Ben, quoi... »
« Franchement ? »
Là, elle se fige un peu. Elle s'attend au pire, je le vois bien. Je joue encore un peu avec ses nerfs, l'½il critique...
« Il est très grand, tu as beaucoup d'espace. »
« Mais encore !»
« La vue est très belle »
« Aline ! Tu veux bien arrêter de te moquer de moi »
« J'adore. J'aime beaucoup ta déco dans des tons rouges orangés. C'est chaud. Ça me fait penser à l'idée du foyer. Je m'y sens bien. J'aime l'agencement ... La chambre séparée du reste du studio. Ton salon, la cuisine,...
Et puis, c'est si grand. Tout prés de l'université,en plus.
T'en as de la chance »
Je lui souris. Elle a l'air soulagée. Je ne pensais pas que mon avis était si important pour elle.
Ça me fait plaisir...Je souris, heureuse. Mon dieu, qu'est ce que je peux être bête.
« Tu sais, il est chouette aussi ton kot. »
Là, je la regarde, l'oeil franchement sceptique. Elle se moque de moi.
« Ha ha , très drôle ! »
« Je suis sérieuse ! Je l'aime beaucoup parce qu'il te reflète. J'aime l'idée des cartes postales, de partout, où tu es allées en vacance. L'ambiance qui s'en dégage. Les citations, inscrites sur tes murs.
Bon, d'accord, il n'est pas très grand mais tu l'as rendu très accueillant. Je l'aime bcp plus que le mien parce qu'il.... »
« Parce qu'il.... »
« Parce qu'il te ressemble . Doux, timide et sérieux. Mais, en même temps, accueillant, chaud et sans extravagance flagrante. Il faut creuser un peu pour y découvrir toutes ses subtilités. »
Je souris, timide.
« Merci »
« Aline ? »
« Oui ? »
« Parle moi de toi ! »
« Hein ? »
« Ben oui, depuis que l'on se connaît. On parle de moi. De ce que j'aime. Mais je sais presque rien de toi. »
« Oh, tu sais, il n'y a rien grand chose à dire ! »
Je souris, espérant qu'elle comprenne et qu'elle change de sujet.
Elle me regarde, intriguée. Mais je ne sais pas si elle va oser continuer. Notre amitié est encore nouvelle. Va-t-elle creuser un peu plus loin ?
« Parle moi de ta famille, si tu as d'autres ami(e)s, un petit ami,... ? Enfin, tu sais ! Pour que je te connaisse mieux. »
« Je ne sais pas par quoi commencer » lui dis-je, souriant. Un peu rassurée, sur la tournure que prend la conversation.
« As-tu des frères et s½urs ? »
« Oui, deux s½urs mais pas de frères. Elles ont 17 et 11 ans.
Je ne m'entends pas du tout avec ma s½ur de 17 ans, Marie. C'est la préférée. Je la trouve très arrogante. Et mes parents ne lui disent jamais rien. Elle en profite. Je ne lui en veux pas...C'est comme ça.
Je ne m'entends pas très bien non plus avec mes parents. Nos visions du monde divergent beaucoup et...Comment dire....Ils ne discutent pas...Ils estiment avoir toujours raison. Et nos relations s'enveniment de plus en plus depuis que je suis à l'université.
Par contre, Sandra, ma plus petite s½ur est très mignonne. Je l'aime beaucoup. C'est la seule qui ne gueule pas sur moi quand je suis à la maison. Je suis Sa grande s½ur. » Je souris en disant cela.
« Elle me manque beaucoup lorsque je suis ici. »
Lucie semble songeuse.
« As-tu un petit ami ? »
« Non ! Pas encore. On verra... Je ne suis pas pressée...Mais, j'aimerai bien. Pour qu'on s'occupe un peu de moi. »
Elle sourit...Mais, elle n'insiste pas. Ouf, déjà que j'en ai trop dit.
« As-tu des amis à l'extérieur ? »
« Oui, j'ai un ami. Mais, j'ai des problèmes avec. »
Elle ne dit rien et me regarde, attentive à la suite.
« Nous sommes amis, depuis des années. Il s'appelle Benoit. Il est amoureux de moi depuis longtemps. »
« Et ce n'est pas réciproque, c'est ça ? »
« Exactement. Parfois, c'est presque du harcèlement. Il lui arrive de me demander de sortir avec 3 ou 4 fois par jour. »
« Et tu le lui as pas dit que tu ne ressentais rien pour lui ? »
« Si, bien sûr ! Dès le début, pour qu'il ne souffre pas en pensant qu'avec le temps, ça changerait. Mais, il continue...C'est énervant »
« Mais alors, pourquoi continues tu à le fréquenter ? »
« Parce que il a toujours été là pour moi. Surtout lorsque je n'allais pas bien. »
« Je te comprends mais, cette situation va détruire votre amitié. »
« Je sais. Elle l'a détruite. »
Cette discussion me rend triste. Je n'aime pas parler de moi. Ce n'est pas très heureux. Ni agréable à raconter.
Je suis absente pendant un moment, repensant à certains événements de ma vie...Je n'aime pas y penser mais...Ne pas vouloir, ça n'arrange pas tout. Et parfois, la vie reprend ses droits.
« Aline ? »
« Heu oui ! Excuse moi !»
« Ce n'est rien ! »
« J'étais un peu perdue dans mes pensées. »
« Je m'en suis rendue compte. Excuse-moi de t'avoir demandé ça. Ca t'a rendue triste. Je n'aime pas te voir comme ça. »
« Oh, ce n'est rien. Il faut parfois ce rappeler ces choses. Même si elles ne sont pas très heureuses. »
« Je sais »
Elle sourit.
« Je dois y aller ! »
« Tu es sûre ? Tu peux rester si tu veux, j'ai de quoi souper... »
« C'est gentil mais je dois vraiment y aller. J'ai rendez-vous chez le médecin, dans 20 minutes. »
« Oh, je comprends alors. Ne traîne pas, Miss. Aussi non, tu vas être en retard ! »
« Oui. A demain alors ! »
« Bien sûr ! »
« Au fait, Aline. Tu vas chez qui ? Parce que le docteur Deroode est très bien ! »
« Je ne vais pas chez ce genre de médecin. Je vais voir ma psy. »
Je ne voulais pas qu'elle le sache, je suis un peu embêtée. Ça me gêne de dire ça. Beaucoup de gens s'en vont lorsqu'ils le savent.
« Aline, Je comprends. Tu n'as pas à être gênée, d'accord ? Moi aussi, j'ai déjà été en voir un. Faut pas te sentir mal à cause de ça. Pour moi, ça change rien. On se voit toujours demain ? A 9h00 à la bibliothèque ? »
« D'accord. A demain. »
« Lucie ? »
« Oui ? »
« Merci »